May-Yen May-Yen
Le regarde perdu entre les vapeurs d'alcools d'une piaule minuscule,May-Yen pense à son homme qui l'a
fuguée.
Son cerveau magnéto rembobine et play sans arrêt le film de ce putain
d'mercredi.
Mauvaise journée.
Des embouteillages sur l'périph au regard froid de Frédéric,le bruit et le silence comme une seule
évidence.
Et puis ces mots boom'rang dans la gueule qui cognent et
recognent.
May-Yen a mal au ventre.
Dans la chambre de l'hôtel face à la gare de Lyon,elle mange la rue de sa fenêtre
close.
Des ados sur un banc se baisent la langue,une vieille sort faire pisser son clebs sur le peu d'herbe qu'il reste,une femme en jogging rose court après sa vie un
chronomètre dans la main,et aux portes de la gare toutes ces figures sans visages qui sortent et rentrent tels de bons petits soldats de plomb,froids.
May-Yen a peur d'ouvrir et de dépasser la vitre,de sentir le vent s'emmêler dans les noeuds de ses cheveux ,elle a peur de prendre un courant d'air dans son encéphale cloisonné depuis douze nuits,depuis lui.
May-Yen ne veut plus vivre,son sourire s'est barré un vingt-six juin entre l'aube et l'aurore,entre deux paroles homicides.
{...}
May-Yen May-Yen
s'est tuée un jour de
juillet.
Elle a voulu essayer le vent et les étoiles,lécher à nouveau la peau des choses,et c'était tellement bon qu'elle s'est laissée glisser dans la couleur de la nuit.
May-Yen May-Yen